La pomme de terre, à ses origines, était cultivée en Amérique Latine et notamment au Pérou, où elle est connue sous le nom de « papas », et ce depuis plus de mille ans avant l’ère chrétienne. Le tubercule, qui figure de nos jours parmi les mets les plus couramment consommés en France, a pourtant connu des débuts bien poussifs dans les campagnes françaises et son apparition tient pour beaucoup à l’intérêt que lui a porté un certain Antoine Parmentier.

Pharmacien des Armées sous le règne de Louis XIV, Parmentier est fait prisonnier à l’occasion de la guerre de 7 ans, qui, déjà, oppose le royaume de France à son voisin prussien. De sa captivité d’outre-Rhin, celui-ci ne se nourrit presque exclusivement que du célèbre tubercule, aliment dont la consommation s’est depuis longtemps généralisée dans les diverses principautés du Saint Empire Romain Germanique.

De retour à Paris, Parmentier couche sur papier ces observations suivantes : « Nos soldats ont considérablement mangé de pommes de terre dans la dernière guerre ; ils en ont même fait excès, sans avoir été incommodés ; elles ont été ma seule ressource pendant plus de quinze jours et je n’en fus ni fatigué, ni indisposé. » Pourquoi une telle constatation ? C’est qu’à l’époque du roi Soleil, la pomme de terre nourrit en France les pires préjugés. La consommation du tubercule est jugée impropre et abandonnée aux seuls animaux. La pomme de terre, en effet, est notamment accusée de favoriser la transmission de la lèpre.

Parmentier n’aura dès lors de cesse que de s’ingénier à tordre le coup à ces préjugés. Par la science d’abord. Agronome de profession, ce dernier étaye son discours par de réels travaux scientifiques qui seront présentés à la Faculté de médecine de Paris et obtiendront la reconnaissance de ses pairs. Par la courtisanerie ensuite. Parmentier invite à sa table les grands du royaume à déguster des mets tous conçus à base du célèbre tubercule. Les appétits de Lavoisier ou encore Benjamin Franklin se rangent de son côté.

Mais le peuple parisien se montre réticent ; il faut dire qu’au siècle dit des Lumières, les préjugés ont la peau dure ! C’est alors que Parmentier fait preuve de ruse. Celui-ci fait garder de jour quelques arpents cultivés par des troupes armées qu’il retire opportunément la nuit, le tout, sous l’œil de parisiens intrigués. Le stratagème réussit : le champ est retourné la nuit, les tubercules « volés » et c’est ainsi que Parmentier gagne son pari, à savoir, vulgariser la consommation d’un féculent à la culture simple mais trop longtemps négligée.

Samuel VASQUEZ