Elle a fini par devancer les villes de Dijon, Tours et Paris-Rungis. Installée dans la partie la plus ancienne du Grand Hôtel-Dieu, la Cité Internationale de la Gastronomie ouvrira ses portes à l’automne 2019, dans le cœur de ce haut lieu du patrimoine lyonnais entièrement rénové. Nous avons pu, en avant-première, visiter le site non encore aménagé, dont les portes nous ont été ouvertes par le maire de Lyon, Gérard Collomb et le président de la Métropole, David Kimelfeld. Nous en sommes ressortis impressionnés et impatients de voir le projet abouti. L’édifice, auquel l’architecte Soufflot a donné son élégante façade, entame une nouvelle vie : 4000 m2 d’expériences gastronomiques répartis sur 4 niveaux chargés d’histoire attendent le visiteur. Des chefs, des produits, des pays et leur cuisine, des start-up etc. seront les invités ou résidents temporaires de ce lieu qui se veut vivant comme une cuisine et une salle à manger à la Française.

 « Comment bien manger pour bien vivre et être en bonne santé, telle est l’ambition de cette Cité Internationale de la Gastronomie, la première en France qui va fonctionner… d’autres projets sont en cours mais Lyon est le seul projet abouti. Il montrera que l’on peut marier la santé, la nutrition et la gastronomie, et mettra à l’honneur le Repas Gastronomique des Français tel qu’il est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité (UNESCO) » s’enthousiasme David Kimefeld. Il est vrai que dans l’esprit des Lyonnais, le Grand Hôtel-Dieu c’est le bâtiment historique dédié à la santé. L’hôpital existe depuis au moins 1184. Il a d’abord été une maison d’accueil des passants et des voyageurs malades. C’est dans ce lieu que François Rabelais a exercé en tant que médecin et a publié son premier roman Pantagruel. Pas étonnant donc que la future Cité prenne comme thématique la nutrition et la santé, comme l’explique le chef Régis Marcon, président du comité d’organisation stratégique : « Notre défi est de prouver au grand public que santé et plaisir peuvent se marier dans l’assiette, y compris (et surtout !) dans celle de tous les jours. La Cité Internationale de la Gastronomie va devenir ce lieu d’échange pour tous les métiers de bouche. Leurs rencontres vont être productives et seront nourries par des philosophes, des sociologues, des médecins. En quelques mots, la bonne recette c’est que la Cité bouillonne de pensées, de modernité et de solutions concrètes autour d’une préoccupation commune : le plaisir de mieux manger ». Une volonté confortée par Gérard Collomb : « Ce projet nous l’avions rêvé depuis longtemps. Lyon rayonne par la gastronomie, cela fait partie de sa culture et de ses traditions. L’Hôtel Dieu était un ancien hôpital et nous avons voulu garder ce lien, celui de l’hospitalité au sens propre du terme où l’on accueille et où l’on soigne… ».

De la Préhistoire à nos jours, comment a évolué l’alimentation ? Que mange-t-on ailleurs dans le monde ?  Comment dresser une belle table ? Quels sont les savoir-faire de tous les métiers culinaires ? Voici quelques-unes des questions auxquelles la Cité Internationale de la Gastronomie de Lyon répondra avec des ateliers, expositions, cours, démonstrations… L’accès se fera par la cour du Grand cloître. Une fois passé l’accueil au rez-de-chaussée, on découvrira le majestueux dôme des 4 rangs d’une hauteur de 32 mètres.  L’espace « Le Banquet » mettra à l’honneur la gastronomie lyonnaise de Paul Bocuse aux mères Brazier et Fillioux, en passant par les frères Troisgros, Fernand Point et Jacques Pic. L’exposition rassemblera des objets inédits : piano de Bocuse, menus, spécialités, recettes mythiques, films, photos de familles… Dans l’espace « Le Repas », toutes les étapes du repas gastronomique seront évoquées depuis la production (terroirs, marchés, cuisines) jusqu’au plaisir de se retrouver réunis autour d’une table. « L’atlas gastronomique » permettra de naviguer dans la cuisine et les traditions alimentaires de différentes parties du globe. Enfin une « Plongée dans l’histoire du Grand Hôtel-Dieu » permettra de découvrir comment les Sœurs hospitalières et les Recteurs faisaient fonctionner cette ville dans la ville. Le niveau 2 proposera le Gastrolab, un espace de coworking destiné aux nouvelles initiatives professionnelles du secteur travaillant dans les domaines de la gastronomie, de la santé et de la nutrition, sous différents prismes (alimentation 4.0, cuisine moléculaire, agroalimentaire, agrotechnologie, etc.) afin de faciliter la mise en réseau. La Gastroludothèque regroupera de nombreux documents et objets de l’histoire de la gastronomie lyonnaise. Une collection riche grâce à plus de 30 prêteurs (musées lyonnais, Hospices Civils de Lyon, institutions culturelles, particuliers, professionnels des métiers de bouche, MOF etc.). Le dernier étage aura un caractère polyvalent avec une cuisine ouverte permettant des démonstrations culinaires et des dégustations thématiques auxquelles le public pourra participer. Vous l’aurez compris, bien plus qu’un musée, la Cité Internationale de la Gastronomie sera un espace où chaque visiteur découvrira la thématique culinaire par des expériences sensorielles et participatives. Le visiteur sera en immersion avec des expériences faisant appel à ses sens : toucher, sentir, voir, écouter, goûter… Les équipes de MagmaCultura, en charge de la conception du projet, de la gestion et de l’animation du site, et celles de Casson Mann, scénographe de l’exposition permanente, travaillent d’arrache-pied pour que tout soit prêt à l’automne prochain.

Annie Mitault

Crédit photos : Casson Mann, Magma Cultura, Thierry Fournier, Vincent Ramet