On les repère grâce à leur col bleu blanc rouge ou bien à leur médaille. Ceux que l’on surnomme affectueusement les MOF, font rêver bon nombre d’artisans de tous horizons. Leur excellence et leur savoir-faire, et ce, dans toutes les disciplines, font l’admiration de tous en France comme à l’étranger. Alors quand l’occasion se présente pour assister à l’une des finales de ce prestigieux concours, on savoure le moment… Lundi 22 octobre dernier, le Grand Marché d’Intérêt National de Toulouse Occitanie a accueilli la finale du 26èmeconcours « Un des Meilleurs Ouvriers de France » dans la catégorie Primeur. Retour sur un évènement exceptionnel en compagnie de Maxime Lafranceschina, MOF Primeur 2015.

Il fait nuit et froid à 7 heures du matin au MIN de Toulouse Occitanie, mais l’agitation bat son plein dans le carreau des producteurs locaux. Déjà sur place depuis deux bonnes heures, les 8 candidats finalistes au titre de MOF Primeur (sur 39 inscrits aux épreuves qualificatives) s’apprêtent à débuter l’épreuve pratique du concours. De 7 heures à 11 heures, ils travailleront les produits des producteurs et des grossistes du Grand Marché avant de présenter leurs œuvres au jury, de 11 heures à 13 heures, lors de l’épreuve orale. 4 heures pour réaliser un étal remarquable autour du sujet « Comment mettre en appétit les enfants à travers un étalage de fruits et légumes dédié ». Maxime Lafranceschina, finaliste malheureux en 2011 et finaliste heureux en 2015 (lauréat MOF Primeur) tient à souligner la grande nouveauté de cette édition et pas des moindres : « ils ont découvert le jour J, le thème de l’œuvre à réaliser et les fruits et légumes, hormis 8 références qu’ils devaient sélectionner : fruits rouges, poire affinée, raisin AOP, salade, clémentine bio d’Italie, champignon sauvage, kaki, choux (sauf chou-fleur). Une difficulté qui ne les a pas découragés et les a poussés à redoubler d’ingéniosité : frites de pommes, bonbons de fruits, compotes, soupes, sculptures et découpes de fruits et légumes, ardoises ludiques, choix des contenants, ballons, guirlandes lumineuses, fontaine d’eau, jeux de couleurs etc. L’attractivité par l’œil ou par l’intérêt, tout a été pensé pour capter l’attention des plus jeunes. Car se présenter au concours des MOF demande de la spontanéité et de l’adaptation. On a beau tout préparer, il faut s’adapter à la dernière minute. En 2015 le sujet de ma finale était 2050, l’odysée des fruits et légumes. Quelle sera l’offre dans 35 ans, comment la matérialiser, que voudra dire être primeur en 2050 ? J’ai opté pour un étal dédié à la santé, une thématique chère aux consommateurs et mes efforts ont été payants ». Le décompte final vient de retentir et la salve d’applaudissements qui se fait entendre au sein du carreau en dit long sur la qualité des œuvres présentées. On notera que la veille les 8 finalistes avaient déjà entamé leur épreuve avec un oral durant lequel ils devaient débattre 15 minutes sur deux sujets tirés au sort (parmi des questions posées par des enfants) : Pourquoi il n’y a pas de cerises toute l’année ? Pourquoi on doit manger cinq fruits et légumes par jour ? C’est quoi un pesticide ?

A l’issue de cette journée éprouvante et après 2 ans de préparation intense, ils sont 4 à remporter le titre dont ils rêvent depuis longtemps, celui de de MOF Primeur : Jean-Luc Botti de Chambéry (73), Charlotte Entraigues de Royan (17), Eric Fabre de Muret (31) et Patrice Richard de Reims (51)Les lauréats de ce 26èmeconcours seront « Un des Meilleurs Ouvriers de France » diplômés et titrés lors de la remise des diplômes et médailles au mois de Mars 2019 à la Sorbonne. Né de l’esprit opiniâtre d’un homme, Lucien Klotz (1876-1946), le concours intitulé à l’origine « Un des Meilleurs Ouvriers de France » a vu le jour en 1924. 232 métiers sont concernés, répartis dans 17 groupes. Réputé pour les métiers de bouche : hôtellerie-restauration, boucher, boulanger, chocolatier… Il y a aussi des MOF dans le bâtiment (carreleur, couvreur ou maçon par exemple), dans l’industrie ou l’automobile et il y a même des meilleurs ouvriers de France lunetier, frigoriste, accordeur de piano ou encore prothésiste dentaire. Alors pourquoi tant d’efforts pour ce titre ? « Avant tout pour transmettre son savoir-faire et représenter au mieux sa profession. Une valorisation de notre métier sous l’égide de 2 ministères : le ministère du travail et le ministère de l’éducation nationale. Et puis dans mon cas, ce concours montre que la filière des primeurs se professionnalise. Voir les jeunes s’épanouir dans ce métier est un vrai plaisir. Après de longues années de mise en place, une formation professionnelle qualifiante et spécialisée en fruits et légumes existe depuis la rentrée 2018 : le CAP primeur. Etre primeur nécessite de multiples compétences de la connaissance des fruits et légumes aux techniques de ventes en passant par la sélection, l’affinage, la théâtralisation des étals… mais aussi l’innovation constante pour répondre aux tendances de consommation. C’est aujourd’hui chose faite ! Reste maintenant à valoriser ce tout nouveau diplôme qui permet également de promouvoir une profession et une filière jusqu’à présent peu connues du parcours d’orientation des jeunes » conclut Maxime Lafranceschina.

Annie Mitault

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