Elles se sont fait une place dans une profession d’hommes, jusqu’à décrocher des récompenses pour certaines de leurs cuvées… la dernière en date ? la Médaille d’Argent au Concours des Vignerons Indépendants 2019 pour l’Embidoure Moelleux 2018. A quelques jours du lancement de l’opération #FraîchementSudOuest des Vins des Côtes de Gascogne (du 30 juin au 12 juillet 2020) chez les cavistes, nous consacrons un portrait à Sandrine et Nathalie Ménégazzo, deux sœurs viticultrices gersoises. Au Domaine d’Embidoure, situé dans le Haut Armagnac sur la commune de Réjaumont, elles bichonnent 40 hectares de vignes…

« Le Domaine d’Embidoure est une exploitation familiale qui appartient à la même famille depuis 3 générations maintenant. Créé en 1955 par nos grands-parents, tout juste arrivés d’Italie, il nous a été transmis par notre père en 2006. En presque 65 ans nous sommes passés de 12 à 40 hectares de vignes autour de l’exploitation avec une production actuelle d’environ 100 000 bouteilles (18 références de vins, Floc de Gascogne et Armagnac). Notre particularité vient de nos cépages à dominante rouge (80%), alors que les Vins des Côtes de Gascogne se distinguent par une production atypique avec 85% de vins blancs… Il faut dire que notre terroir est argilo-calcaire et très différent du Bas-Armagnac et de la Ténarèze. Nous travaillons 8 cépages rouges : merlot, cabernet sauvignon, cabernet franc, égiodola, gamay, tannat et syrah. Le restant du vignoble étant recouvert de cépages blancs : colombard, chardonnay, sauvignon, gros manseng et petit manseng. On se démarque aussi par notre volonté de garder les circuits-courts, et favoriser la vente directe (soit 80% de nos ventes) auprès des particuliers. Les 20% restants étant dédiés aux CHR et aux cavistes » explique Nathalie.

« Nous sommes très à cheval sur notre façon de travailler et sur la qualité de notre vigne. Nous récoltons cépage par cépage, parcelle par parcelle (vendanges mécaniques) et nous vinifions tout sur place dans un chai que nous avons voulu moderne et bien équipé. Nous avons investi dans des installations de qualité (cuves inox avec de la thermorégulation, barriques Radoux…). Nous amenons une touche différente dans nos vins. Ils sont très fruités, avec beaucoup de rondeur car nous avons de la souplesse sur le contrôle de la maturité des raisins. Ici nous les ramassons très mûrs ! Avec ma sœur, qui a suivi un cursus agricole et œnologique, nous avons une belle complémentarité. Sandrine s’exprime dans les bouteilles et je m’occupe de la partie administrative et commerciale. Les mentalités ont bien évolué, même s’il y a encore trop peu d’exploitations viticoles 100% féminin à nos yeux. Les femmes sont bien sûr présentes dans le domaine du vin, mais souvent en marge de la vinification. Lors de notre installation, nous avons essuyé quelques remarques mais nous avons su faire nos preuves. Nous avons beaucoup travaillé sur l’objectif que nous nous étions fixé, parfois jusqu’à 70 heures par semaine… avec seulement 1 semaine de vacances par an. Le bouche à oreille a fait le reste. En 2018, nous avons rejoint « Les Bons Crus Milady » dans la continuité des « Bons Crus d’Artagnan », un club de vigneronnes gersoises dynamiques et engagées, porteuses de valeurs et d’envies. On se rassemble les unes chez les autres et on échange autour de nos problématiques. C’est très constructif et cela permet de nous ouvrir vers les cheffes notamment et les œnologues femmes ».

« Nous n’avons pas à rougir de notre vignoble des Côtes de Gascogne.  Beaucoup de personnes s’arrêtent pour visiter le chai. Ils ont envie de connaitre notre métier, ainsi que toutes les étapes de fabrication du vin. Nous faisons des salons de vignerons indépendants depuis 12 ans, et la tendance générale se tourne vers des vins « plaisir » à moins de 10 euros la bouteille. Les vins de Côtes de Gascogne ont cet avantage d’offrir une large gamme très accessible par rapport à certaines grosses appellations. Au domaine, notre fourchette de prix s’étend de 4 à 9 euros pour la Cuvée d’Embidoure, la Cuvée Julie ou encore notre fameuse Cuvée des Filles. Nos collections privées (dédiées aux meilleures années) peuvent atteindre 22 euros la bouteille. Notre futur est incontestablement lié à l’œnotourisme. Nous allons très prochainement reprendre les visites du chai chaque mardi après-midi durant l’été, et nous impliquer dans l’organisation de marchés à la ferme avec des producteurs locaux ».

Propos recueillis par Annie Mitault

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www.domaine-embidoure.com